Amélioration de la gestion
du processus de conception :
relation entre les méthodes dans le cadre de la Conception Intégrée.
Actuellement, le concepteur dispose dun éventail de méthodes
très large couvrant lensemble du domaine de la conception
depuis la définition du besoin jusquà la réalisation du dossier
dindustrialisation. Pourtant ces méthodes sont le plus souvent
utilisées de manière autonome et indépendante. Ce dysfonctionnement
méritait dêtre étudié. Cest lobjet de ce travail,
centré sur la mise en évidence des relations entre méthodes pour
lamélioration du processus de conception. Le papier présente
les liens directs reliant certaines méthodes et souligne lintérêt
de les fédérer dans un même bloc.
Mots clés : Conception intégrée, produit,
méthodes daide à la conception
1. Introduction
Les méthodes
de conception ont la charge daider à la prévision de tout
ce qui est nécessaire pour que la conception dun produit seffectue
dans les meilleures conditions de qualité, de coût et de délai.
Cest
là que le rôle des méthodes de conception est important. Concevoir
dans le délai minimum, avec les moindres dépenses et la meilleure
qualité cest un défi constant pour les concepteurs. Ils trouvent
dans chacune de méthodes et outils de conception, une aide à améliorer
un aspect concret du processus de conception. Mais, ne serait-il
pas mieux de pouvoir profiter de linteraction entre méthodes
pour améliorer plusieurs aspects en même temps ?. Dans larticle,
nous illustrons lamélioration effectuée dans le processus
de conception, grâce à lemploi des différentes méthodes dune
manière simultanée et intégrée.
2. Amélioration du processus
de conception : le projet PIRAMID
Le présent travail
fait partie dun projet intitulé PIRAMID (Platform for Information
Re-use Among Methodological tools In the product Development), qui
sintègre dans le cadre du programme européen Eurêka soutenu
en France par le Ministère de lIndustrie et lANVAR.
Pour plus de renseignements sur ce projet [Djea98].
Ce projet a comme
objectif doffrir une meilleure organisation du processus de
conception par la réalisation dune plate-forme devant servir
de base commune à tout projet en période de gestation.
De cette manière,
nous pouvons obtenir une minimisation des temps de conception par
une exploitation plus judicieuse des données provenant des outils
à la disposition des concepteurs. Ce regroupement doutils
nous incitera à nous interroger également sur le regroupement des
tâches de conception et leur répartition sur plusieurs acteurs pour
proposer une vision plus participative des activités aujourdhui
effectuées individuellement sans échange dinformation.
Notre travail est
une contribution à ce projet, il participe à lintégration
des différents outils qui deviendraient interopérants.
Parmi toutes les
méthodes disponibles sur le marché, nous avons voulu centrer notre
intérêt sur celles pouvant s'intégrer parfaitement bien dans l'étape
de la conception, ainsi que dans les étapes précédentes. Cela nous
permettra de représenter le processus de conception comme étant
un macro-processus basé sur la volonté de considérer trois points
de vue complémentaires : laspect fonctionnel, laspect
technique et laspect de la fiabilité.
Cest pour
cette raison que nous avons décidé de travailler avec trois méthodes
qui nous permettent de les modéliser. Ces trois méthodes sont, respectivement :
la méthode AF (Analyse Fonctionnelle), la méthode QFD (Quality
Function Deployment) et la méthode AMDEC (Analyse des Modes
de Défaillance de leurs Effets et de leur Criticité).
Dans la première
partie de cet article, nous vous présenterons les principales caractéristiques
de ces trois méthodes, étudiées sous des aspects justifiant leur
intégration dans une démarche qualité, et dans la deuxième partie
nous montrerons les liens entre méthodes et les différentes logiques
d'enchaînement pouvant être adoptées par le concepteur selon le
champ des contraintes de conception à manipuler.
3. Approche
de méthodes dans une démarche qualité
3.1 Justification de l'élection
de ces trois méthodes
Une première raison vient du fait
que même si la liste de méthodes considérées dans la première phase
du projet PIRAMID nest pas exhaustive, ces trois méthodes
(lAF, le QFD et lAMDEC) nous permettent de mettre en
évidence le principe daction de léchange de données.
Dans la deuxième phase de ce projet, dautres méthodes seront
incorporées pouvant sintégrer dans une démarche qualité.
Un deuxième argument de lélection,
dans un premier temps, de ces trois méthodes est le fait que pour
la réalisation dun cahier de charges fonctionnel produit,
les personnes concernées sont celles impliquées dans les démarches
qualité telles que lAnalyse de la valeur, le QFD, lANAQ
(Analyse de Qualité) et lAMDEC.
Un troisième motif est le fait qu'elles
s'intègrent parfaitement dans l'étape de la conception. Nous pouvons
voir cette complémentarité dans la décomposition en phases d'un
projet, présentée par Jean Chevalier
[Caz97]. Le principe consiste à prévoir dans
un projet quatre ou cinq séquences d'enchaînement aux objectifs
bien définis, marquées par un jalon de contrôle (figure 1). Nos
méthodes se placent dans les deux premières étapes de ce cycle,
c'est-à-dire, pour analyser le besoin (méthodes AF et QFD) et pour
étudier la faisabilité (méthode AMDEC).
Figure 1 : Les grandes phases dun
projet
3.2 Lanalyse fonctionnelle
LAnalyse Fonctionnelle est
une démarche qui sinscrit parfaitement dans une stratégie
de Qualité Totale, parce quelle implique tous les secteurs
de lentreprise, quils soient fonctionnels ou opérationnels,
et parce quelle se propose dexpliciter la satisfaction
du besoin des clients, en nous permettant :
- didentifier précisément en termes de fonctions,
les besoins à satisfaire ou de services à rendre (analyse fonctionnelle
du besoin)
- danalyser de quelle manière une solution
répond à ces besoins (analyse fonctionnelle technique)
Dans une action de Qualité Totale,
lanalyse fonctionnelle du besoin agit principalement sur la
relation client-fournisseur en définissant les besoins et
les exigences à satisfaire.
La formalisation du besoin passe
par un affranchissement au départ de toute solution technique. Il
y a donc lieu de mettre en évidence les services à rendre en se
référant à des données objectives qui se rapportent à l'utilisation
du produit et non pas à sa conception qui elle sera déduite de cette
analyse.
Les principes de la méthode, comme
nous pouvons lire en [Cloa93] et [Tas98] sont
la matérialisation du produit et la mise en évidence de ses composants
fonctionnels.
Cette méthode permet de parvenir
à une optimisation du produit permettant de satisfaire au mieux
les contraintes d'utilisation. Elle considère le système d'un point
de vue de sa finalité, prend en compte tous les facteurs concernant
le système et son environnement et met en évidence la qualité d'un
produit par l'expression de sa valeur pour l'utilisateur. Néanmoins
cette méthode, comme toutes les autres, nécessite une modification
de la manière de raisonner en conception quelque peu figée, quelquefois
délicate à mettre en uvre.
Son application se déroule en plusieurs
étapes :
- expression et description du besoin
- définition des fonctions attendues, cest-à-dire :
- recensement des éléments du milieu dutilisation
(EMU)
- identification des relations créées par le produit,
entre plusieurs EMU ou bien, entre certains EMU
- expression de la finalité de ces relations par
une phase contenant : le ou les EMU concernés par la relation,
ou bien, par un verbe caractérisant laction
III.
établissement des blocs-diagrammes fonctionnels.
3.3 Le Quality Function
Deployment
La méthode QFD contribue à la satisfaction
des clients en nous faisant part de leurs attentes, parce quelle
associe tous les services de lentreprise. Pour cette raison,
le QFD sinscrit pleinement dans une démarche globale de réduction
des coûts et délais propre à une action Qualité Totale.
Le QFD sera mené surtout en phase
amont d'un nouveau projet, à un stade où le large éventail de choix
est encore possible. La démarche consiste à traduire la voix du
client dans le langage des ingénieurs de développement. Les principaux
éléments à prendre en compte dans ce cadre sont alors : les
critères de valeur du produit, les enquêtes marketing, les matrices
relationnelles et la sélection des paramètres critiques.
Daprès les travaux de [Boc97],
[Lef98], [Lin98], et [Mal93], cette méthode permet de
répondre à trois questions : " Quelles sont les attentes
clients à considérer en priorité pour assurer la réussite commerciale
du produit ? ", " Quelles sont les réponses
techniques à privilégier ? " et " Quelles
sont les difficultés potentielles du cycle de développement de produit ? ".
La réponse à ces questions est apportée par une équipe projet formée
de personnes complémentaires réunies autour de la problématique
à solutionner.
La méthode QFD (Quality Function
Deployment) permet de cibler les justes paramètres nécessaires pour
satisfaire le client, travailler sur la qualité perçue et découvrir
tôt dans le cycle de déroulement du projet les points sensibles
pour lesquels des mesures préventives pourront et vraisemblablement
devront être prises.
Comme son nom lindique, la
méthode sappuie sur un déploiement de matrices. La méthode
QFD ne peut pas être déroulée sans définir préalablement les objectifs,
qui sont différents selon le contexte et le résultat attendu :
développement du produit et mise en uvre du service, une réponse
fiable à un appel d'offres, analyse de satisfaction, mise en place
d'une nouvelle organisation,...
Quant aux principes de mise en uvre
de la première phase du QFD, nous dirons quils consistent
à élaborer puis à déployer dans toute lentreprise des matrices
QUOI-COMMENT qui permettent à la fois :
- de définir les spécifications dun produit
(les COMMENT) à partir des attentes de ses clients (les QUOI)
- de comparer le produit avec ses produits concurrents
- de faire apparaître la solution optimale à mettre
en place par l'entreprise.
3.4 Lanalyse de Modes de
Défaillance de leurs Effets et de leur Criticité
LAMDEC utilise les caractéristiques
dun produit permettant d'instaurer un dialogue entre plusieurs
entités de l'entreprise comme le bureau d'études, les services de
design, les personnels chargés de la réalisation, de l'industrialisation,
de la commercialisation, de la maintenance, du service après-vente,...
en prenant en compte plus précisément le triptyque produit-procédé-processus.
Des nombreux auteurs ont écrit sur cette méthode et nous soulignons
les travaux de [Caz98] et [Lyo96] qui nous montrent que l'analyse des modes de défaillance de leurs
effets et de leur criticité (AMDEC) doit donc permettre au groupe
d'anticiper d'éventuels aléas. Cette réflexion conduira naturellement
aux solutions techniques ou organisationnelles destinées à faire
disparaître ou tolérer les modes de dysfonctionnement potentiels.
L'AMDEC constitue donc un système
extrêmement puissant d'aide à la conception des systèmes créés et
déjà en exploitation afin de vérifier certains aspects comportementaux.
L'AMDEC permet de déterminer les
points faibles d'un système et d'y apporter des remèdes, de préciser
les moyens de se prémunir contre certaines défaillances, de faire
dialoguer les personnes concernées par un projet, mieux connaître
le système, et principalement d'étudier les conséquences de défaillance
vis-à-vis des composantes majeures de la sûreté de fonctionnement
: fiabilité, disponibilité, sécurité, maintenabilité,...
Les AMDEC doivent être remises à
jour périodiquement. Leur contrôle systématique doit avoir pour
but :
- de sassurer quelles ont été rédigées
dans un esprit participatif et non pas pour satisfaire les visées
dun petit groupe de personnes
- de garantir que les informations transitent entre
les différents niveaux
- danalyser les raisons pour lesquelles une
action qui a été recommandée nest pas prise en compte
4. Interoperativité de ces trois
méthodes
La différente nature des méthodes
présentées précédemment, ne permet pas une comparaison directe.
Cela n'aurait pas de sens, car les buts recherchés dans chaque méthode
sont très différents. Pour cette raison, l'utilité de ces trois
méthodes est dans son intégration dans des démarches plus globales
de conception ou danalyse des problèmes de qualité.
Une possible démarche qualité dans
laquelle ces trois méthodes sont intégrées est celle inspirée dans
les travaux de [Ren95] et représentée dans la figure. 2
Figure 2 : Intégration de lAF, le
QFD et lAMDEC dans une démarche qualité
Avec trois
points de vue différents, ces trois méthodes de conception peuvent
sappeler complémentaires, parce que si les objectifs sont
très différents, nous pouvons les appliquer avec un intérêt commun,
qui est celui daméliorer la conception en diminuant les temps
sécoulant entre lidée dun produit et sa réalisation
physique.
Dans cette partie,
nous allons établir la relation entre les finalités de différentes
méthodes, avec un objectif commun, améliorer la conception.
Pendant l'étape
de la conception et, une fois que l'idée du produit à concevoir
est définie, il faut justifier que notre futur produit s'adapte
vraiment aux attentes clients. Dans cette finalité, l'expression
des besoins des clients est traduite en paramètres exploitables
par le concepteur, formalisée dans des documents tels que le Cahier
de charges Fonctionnel Produit (CdCF produit), qui doit contenir
les fonctions de services attendues du produit ainsi que les critères
de valeur associés.
Cette transformation
de données d'entrée (sous forme des "besoins clients")
est réalisée à l'aide de l'Analyse Fonctionnelle du Besoin, qui
garantit l'adéquation entre le Cahier de Charges Fonctionnel Produit
et les attentes client.
Les différentes
contraintes de conception ainsi que les contraintes industrielles
générales sont inclues dans l'Analyse Fonctionnelle du Besoin.
L'étape suivante
commence avec le Cahier des Charges de Conception, car à partir
de ce document, le concepteur établit une ou plusieurs solutions
techniques.
Pour comparer ces
différentes solutions techniques que l'entreprise est susceptible
de mettre en place, le concepteur peut employer la méthode du QFD.
Cette méthode lui
permettra de garantir que la solution technique choisie emploie,
de la meilleure façon possible, les différentes ressources techniques
existantes dans l'entreprise.
Une fois le choix
de la, ou des solution(s) technique(s) effectué, nous pouvons valider
l'adéquation de celle-ci au Cahier des Charges Fonctionnel préalablement
établi.
Cette vérification
est effectuée à l'aide de la méthode AMDEC Produit, qui nécessite
à la base une Analyse Fonctionnelle Technique du produit.
La figure 3, ci-dessous,
nous montre une représentation schématique résumant cette démarche.
Figure 3 : Relation entre les méthodes
de conception
D'autres liens entre méthodes, ont
été présentés dans des travaux précédents [Mar_99], et nous invitons
le lecteur à les consulter.
Nous pouvons continuer dans létude,
et approfondir le rapport entre ces méthodes pour améliorer l'analyse
de processus.
Pour ce faire, une fois choisie
la solution technique (produit), elle représente pour les industriels
une donnée d'entrée, au même titre que les contraintes industrielles
détaillées (cadence, coût, niveau de qualité, de stocks,
).
L'analyse fonctionnelle du besoin
Processus permet de traduire ces données d'entrée en Cahier des
Charges Fonctionnel du Processus.
L'analyse Fonctionnelle du Besoin
processus, garantit ainsi l'adéquation de ces derniers avec les
données d'entrée. La vérification de l'adéquation de, ou des solution(s)
technique(s) au CdCF Processus, est réalisée à l'aide des AMDEC
Processus et moyen.
5. Conclusion
L'idée d'une approche intégrée dans
l'utilisation des méthodes de conception présente un avantage, car
aucune méthode nest réellement complète pour couvrir les différentes
phases, depuis l'analyse des besoins jusqu'à la fabrication du produit.
Cette idée, associée à la mise en place de procédures adaptées de
conception et d'industrialisation de produits pour profiter des
savoir-faire de l'entreprise, est l'élément innovateur du projet
PIRAMID.
De plus, comme nous l'avons montré
dans cet article, les chemins conduisant à la définition d'un cahier
des charges de conception sont complexes et mettent en jeu des mécanismes
de relation qui sont difficiles à décrypter. La suite de ce travail
devra consister à mettre tout d'abord en évidence une typologie
de projets à partir de l'observation de plusieurs combinaisons possibles
dans l'ordre d'enchaînement des méthodes. La liste des méthodes
utilisables sera dressée.
Bibliographie
[Boc97] Bocquet J.-C., Duffau
B..- La gestion du changement : de la gestion de production
à la gestion de conception. L'art du management. 1997, pp.
626-631, V. Mondiale
[Caz97]Cazaubon Ch., Gramacia
G. Management de projet technique (Méthodes et outils).
Editorial Ellipses 1997
[Cloa93] Cloarec J.-C..- Analyse
fonctionnelle ou la préparation de l'AMDEC. Maintenance
& Entreprise, 1993. Vol.466, pp. 20-22
[Djea98] Djeapragache, Aumont
V., Laville A., Beaujon T..- Une plate-forme destinée
à concevoir pour bien fabriquer et capitaliser le savoir-faire.
Consortium PIRAMID. MICAD-1998
Carmen Martin*, **, Jean-Claude Bocquet*, Djeapragache**
*Ecole Centrale Paris, Laboratoire Productique Logistique.
Grande Voie des Vignes 92290 Châtenay-Malabry. tél. : 01.41.13.15.68.
**Adepa Agence de la Productique.
17, rue Perier 92120 Montrouge. Tél. : 01.41.17.11.03.
Colloque
International Conception Production Intégrée . Tanger (Maroc) (25-26
Novembre 1999)
© 1999 ADEPA. Tous droits réservés
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